Au lendemain de la demi-finale de Dortmund contre l'Allemagne, Marcello Lippi se trouve également à cinq jours de la grande finale, face au vainqueur de France - Portugal. Fier du parcours de ses hommes, le Toscan se projette déjà vers cette soirée berlinoise qui pourrait bien lui offrir une place au panthéon du football. Comment vous sentez-vous ? Fatigué. Cette nuit, j'ai visionné le match, prolongations comprises. J'aime bien revoir les matches à chaud... Le problème, c'est que j'ai fini à cinq heures du matin et que le réveil a sonné à sept heures et demie. Bref, la nuit a été courte...
A quelle place situeriez-vous cette rencontre dans l'histoire du football italien ? Les Allemands n'avaient tout de même jamais perdu à Dortmund... Je ne sais pas trop. En tout cas, c'est sans doute le match le plus important de ma carrière, parce que j'ai réussi à faire vibrer toute l'Italie et des supporters du monde entier. Remporter un grand match comme celui d'hier, à l'extérieur, c'est une énorme satisfaction. Cependant, il reste encore un grand pas à faire...
Quels sont les premiers mots que vous avez prononcés en entrant dans les vestiaires ? Je n'ai rien prononcé, j'ai hurlé de bonheur. Comme tout le groupe d'ailleurs. Ensuite, j'ai demandé à tout le monde de rester concentré sur l'objectif. Je leur ai rappelé que le plus beau, mais également le plus difficile, était encore à venir. Je regrette juste de ne pas avoir pu entendre Romano Prodi (le Premier ministre italien) chanter "O sole mio" à cause des interviews auxquelles j'ai dû répondre.
Hier soir, l'Italie a démarré la partie avec un milieu offensif et un attaquant. Par contre, en fin de match, il y avait quatre joueurs offensifs sur le terrain... Oui, l'Italie a joué conformément à ses caractéristiques, comme à son habitude, en pariant sur un jeu équilibré. La fin de match répond à des considérations tactiques différentes. Les équipes étaient scindées en deux et il n'y avait plus de milieu de terrain. Nous avions donc besoin de joueurs de qualité, capables d'asséner le coup décisif et, éventuellement, de participer à la séance de tirs au but.
Dans quel état de forme se trouve votre équipe à quelques jours de la finale ? Nous sommes bien. Hier soir, nous avons proposé du bon football. Je pense que tout le monde a pu constater une amélioration générale de notre niveau de jeu. Les joueurs ont mûri, tant au niveau psychologique qu'au niveau physique. C'est un groupe réuni autour de valeurs importantes. Nous avons une cohésion mentale qui fait la différence lorsque nous affrontons des équipes de niveau technique semblable.
Dans une Coupe du Monde de la FIFA, pour arriver loin, il faut savoir prendre des décisions difficiles. La titularisation de Francesco Totti en fait-elle partie ? Le choix de Totti est parfaitement raisonné. Nous avons eu raison de lui faire confiance et de lui offrir quelques minutes, à la fois hier soir et lors des matches précédents. De toute façon, je n'ai pas d'alternative pour ce poste. C'est pourquoi je n'ai décidé de m'en passer qu'une seule fois, quand il m'a semblé vraiment très fatigué.
Vous n'avez aucun joueur suspendu pour la finale. Là aussi, votre gestion semble parfaite... Tout à fait. Nous avons réussi à éviter les avertissements stupides. La France et le Portugal ont au total onze joueurs sous la menace d'une suspension pour la finale. Cela ne facilitera pas leur tâche.
Avez-vous envie de dédier cette victoire à quelqu'un ? A Fabio Cannavaro, qui disputera son centième match en équipe d'Italie à Berlin. Fabio est en train de réussir une grande Coupe du Monde. Pour moi, c'est le meilleur défenseur de la compétition. Il y a des joueurs qui jouent moins, mais qui affichent depuis le début un comportement très professionnel. Cette finale, elle est aussi la leur. C'est à vingt-trois que l'on va au bout.
Quel a été, pour votre équipe, le moment charnière de cette Coupe du Monde de la FIFA ? La victoire sur la République Tchèque a été prépondérante. Nous avions vu que la France avait de fortes chances de se retrouver dans l'autre moitié de tableau et nous nous sommes dit qu'un succès sur les Tchèques nous ouvrait le chemin. La suite, vous la connaissez...
On a beaucoup parlé du groupe. Les joueurs sont pourtant plus ou moins les mêmes qui ont disputé l'Euro portugais il y a deux ans. Quel est votre secret ? Votre expérience avec nombre d'entre eux à la Juventus vous a-t-elle aidé dans la gestion de l'effectif ? C'est vrai que je connais bien des joueurs comme Buffon, Zambrotta, Camoranesi, ou encore Cannavaro, que j'ai entraîné à Naples en 1993. Or, ils ont tous été très importants dans notre parcours. Ce groupe est un assemblage de joueurs expérimentés et de jeunes talents. Il n'y a aucun secret.
En revanche, il vous manque un vrai buteur. Les buts italiens ont été inscrits par dix joueurs différents et seul Toni en a marqué deux... Je crois que c'est une constante dans mes équipes. Je n'ai jamais aimé dépendre des individualités et c'est de cette façon que je compte aborder le match de Berlin.
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